La vérité de la scène n’est pas définie par le regard d’un individu. L’objet sur scène se dégage pour ce qu’il est indépendamment des interprétations subjectives possibles. Ce mouvement rattaché à une phénoménologie Heideggerienne crée un parallèle entre le monde et le contrôle que les gens pensent avoir sur ce dernier. L’individualisme ne définit pas une vision du monde. Plutôt, une collectivité peut dégager le sens réel de la Terre. L’argument s’appuie sur l’idée que tout sens réel du monde dépasse la subjectivé individuelle pour s’ancrer dans une interconnectivité généralisée entre toutes choses. Le monde n’est pas séparé de moi, je suis dans le monde.
Deux arguments peuvent expliquer un tel glissement. Premièrement, la subjectivité isole l’être dans une conception du monde qui ne peut pas être objective. Je vois et je perçois un monde qui ne peut jamais être vu ou perçu par autrui. Ma perception est unique et c’est pour cela que je ne peux me mettre à la place des autres. Cependant, je parviens à comprendre les autres et je réussis à cohabiter. Il y a donc la possibilité d’un en-dehors de moi-même. Conséquemment, je ne suis donc pas isolé dans une subjectivité. Deuxièmement, l’objectivation du monde isole l’être dans un état de non-présence. Quand j’observe le monde ou que je me l’imagine, l’objet est distinct de moi. Je ne fais donc pas identité avec le reste du monde. Il y a moi et le reste, divisé et séparé. Est-ce que je suis présent dans le moment ? Pour concevoir le monde, il faut bien l’intérioriser intellectuellement. Objectiver ce qui semble différent ou séparé de moi est un choix qui s’opère intellectuellement. Choisir de ne pas faire identité, est une choix identitaire en soi. C’est rejeter un élément comme n’étant pas partie de nous. Or, la terre et ce qu’on conçoit comme étant « la nature » fait partie de nous indépendamment de notre volonté.
Inspirée par Bruno Latour, les Huit Conférences sur Gaïa, Heidegger, l’Origine de l’Œuvre d’Art, Simondon, Sur la Technique, Bachelard, Poétique de l’Espace et d’autres auteurs de philosophie, il est possible de déconstruire ce rapport isolant au monde. Comme une bulle immersive de subjectivité individuelle, ce spectacle cherche à sortir les gens de cette position aliénante afin de se questionner sur la présence. Ce projet n’a pas comme ambition d’être moralisateur ou de prétendre avoir les bonnes réponses. Le but est de poser des questions philosophiques de manière accessible. Le titre du spectacle est Émersion parce qu’il est question de sortir de son point de vue habituel pour tenter une nouvelle approche.