
C’est l’histoire de trois Socrates. Nichés dans la demeure de l’Oracle, ces derniers s’échappent. Ils essaient à tout prix de répondre à la question de l’Oracle, tandis que celle-ci et ses disciples tentent de les retrouver parmi les textes. Les six personnages cherchent chacun à leur manière de trouver la solution à une question. Qui est Socrate ?
Cette pièce de théâtre cherche à rendre accessible la philosophie à tout le monde avec des approches humoristiques. Les Socrates sont caricaturés à partir de textes originaux de Platon, Xénophon et Aristophane. Le spectacle démontre une philosophie qui enivre et amène à la folie. Le but ultime est d’amener le publique à passer un bon moment tout en comprenant l’enjeu de la représentation de soi.
La musique de style électro montre ce côté répétitif de la philosophie à se poser les mêmes questions en boucle. Elle symbolise la folie que la pièce veut inspirer à la fin.
La danse démontre qu’il est possible de communiquer sans la parole. Là où les Socrates veulent s’émanciper du texte, la danse démontre cette difficulté. Ils n’arrivent pas à se rassembler en un individu et à rester en mouvement indépendamment de la lumière, représentative du regard de l’autre. Les expressions physiques ont aussi des éléments définissants et il n’est pas uniquement questions de paroles ou de pensées mais aussi d’actions.
Les Socrates sont définis par les textes dont ils sont issus et n’arriveront jamais à s’en échapper. Il y a un niveau de méta-théâtre où les Socrates sont eux-mêmes des interprétations (par les acteurs) d’une interprétation (par les auteurs de la pièce) d’une interprétation (par les auteurs originaux) de qui est vraiment Socrate. Les acteurs reflètent cette volonté de s’émanciper dans un passage sans texte ou l’acteur est « libre » de jouer comme bon lui semble. Le personnage de Socrate s’affirme. Il est incarné complètement par l’acteur et reviens à la vie par le fait qu’il est libéré des contraintes de l’écriture. Cependant par l’existence d’un regard sur lui, il ne parvient pas à s’émanciper de l’image qu’il projette. Il redevient une interprétation. Socrate reste une représentation de lui-même incapable de vraiment s’affirmer.

Avedon, Richard, and John Lahr. Mise en scène. Ed. de la Martinière, 2008.


ORACLE :
J’ai perdu mes Socrates !!!
SOCRATE DE XÉNOPHON : « Une fausse réputation, en effet, est à l’épreuve rapidement démasquée ; mais la véritable valeur, à moins qu’un dieu ne lui soit défavorable, accroît par chacun de ses actes l’éclat de sa renommée. »



SOCRATE PLATONICIEN : Il me semble que oui. En effet, est-il donc possible de déterminer si une solution peut être envisagée ? Que dire de notre solution si nous ne raisonnons pas de la bonne manière ? Et comment savoir si nous avons un raisonnement juste ?

SOCRATE D’ARISTOPHANE : (Hors du cadre adressée au public) Mais pas de bêtises avec des grandes éloquences où on ne comprend rien du tout. (Demi-tour) C’est déjà bien assez compliqué comme ça.

SOCRATE DE XÉNOPHON : Je ne vois pas pourquoi notre réputation veut que nous ne soyons pas beaux. C’est très plaisant à regarder les silènes. En plus, c’est même amusant.

DISCIPLE 2 :
Le problème est la question….s’arrête Non, la question est le problème.
DISCIPLE 1 :
Voyez, mes amis, maîtres philosophes. Le texte produit du contrôle.
Une façon d’immobiliser l’incertitude de la réalité.
Voilà tout l’enjeu de mes paroles.


SOCRATE D’ARISTOPHANE : Il prend un autre livre et lis les trois regarde le livre en même temps :
« Ô Zeus ancestral, Soleil et tous les dieux ! Acceptez ces offrandes (Il trouve une pomme sur une des table) en action de grâce pour toutes les œuvres louables que je vous dois et ces autres actions de grâce pour m’avoir montré par des présages, par des signes célestes, des oiseaux et des voix ce qu’il fallait faire et ne pas faire… » (La repose par terre)


ORACLE :
Maîtres philosophes, qui aimez la sagesse,
Saurons nous voir un jour lequel de nos Socrates,
Correspond à celui que je jugeai en hâte,
Sans même l’avoir vu, il y a … quoi? Deux mille ans? …
… Socrate est un homme et les hommes sont mortels,
Mais l’idée de Socrate est bien intemporelle.
Nous tergiversons donc entre l’idée et l’homme…
Peut-être choisirez-vous le plus laid d’entre eux, Tels Paris à Vénus, ferez don d’une pomme.

